La population nocturne

 Une étude de la DREES, menée en 2013, a montrée que « 25% seulement des patients sont enregistrés entre 20h et 8h, et 10% entre minuit et 8h »[1].

L’horaire 20h-8h correspond à 50 % du temps d’une journée mais ne correspond qu’à un quart de l’activité d’un service d’urgence.

Cela montre la faible activité la nuit mais correspondant à une faible activité de la population générale durant cette période.

Cette même étude montre qu’une part importante de patients des urgences durant la soirée (21h-1h) correspond aux nourrissons ou enfants en bas-âge. A contrario, le matin, la part plus importante correspond aux personnes âgées.

Au cours de la nuit (1h-7h), les différentes tranches d’âge, ayant recours au SAU, ont la même proportion.

Cependant, la population se présentant aux urgences est différente de la journée. En effet, les motifs et le profil des patients sont différents.

L’état d’ébriété, les accidents, de la fièvre notamment chez les nourrissons, l’angoisse sont les principaux motifs de venue aux urgences la nuit.

Le travail de nuit des soignants

Le travail de nuit est un temps de travail effectué totalement ou en partie la nuit.

Aux urgences, les soignants travaillant de nuit sont en nombre plus restreints que le personnel de jour.

Une étude, menée auprès du personnel infirmier travaillant de nuit, montre que « 31% des infirmiers souffraient de troubles gastro-intestinaux »[2], « le stress a été rapporté dans 68.9 % des cas » et « 53% ont remarqué une diminution de leurs pouvoirs de concentration ». Sur le plan social, « le travail de nuit était une source de conflits conjugaux dans 33% des cas ».

Les conséquences du travail de nuit sur le personnel soignant a, donc, de nombreux impacts, tant sur le plan physiologique, physique, familial et social.

La prise en charge d’un patient arrivant aux urgences, est importante car ce type de service renvoie à une connotation particulièrement négative.

La peur de l’inconnu, la crainte de gestes douloureux, la rupture dans la vie quotidienne qu’est la venue aux urgences, ou encore l’émotion que cela peut amener, doit être pris en compte de la prise en charge du patient. En effet durant mon stage, j’ai pu remarquer qu’un certain nombre de patients avait une tension artérielle élevée, et après questionnement, ils me confiaient, alors, une certaine appréhension suite à leur venue aux urgences.

« Les valeurs de la nuit ne sont pas différentes de celles du jour, mais leur hiérarchie est quasiment inversée. Certaines sont davantage mises en évidence par les particularités du travail, par les demandes spécifiques des malades. La nuit amplifie ce que le jour doit souvent laisser de côté : une écoute attentive, la présence auprès du malade, la discussion  avec lui autour des ses préoccupations, la réponse aux mille petites attentions que le malade angoissé réclamera, pour échapper à la solitude »[6] d’après Anne Perraut, infirmière de nuit durant de nombreuses années, devenue chercheur.

La nuit, le sentiment d’insécurité et d’angoisse est majoré notamment par la perturbation du sommeil et ainsi du rythme physiologique de la personne (travail le jour, repos la nuit), le calme et le silence inquiètent. Face à cela, les patients se confient plus facilement et demandent plus d’attention que les patients de jour. Le relationnel prend une part plus importante, afin de rassurer les patients.

« La nuit, c’est le moment du sommeil et de l’oubli, le règne de la subjectivité, du rêve, de la solitude »

Le sentiment d’insécurité est ressenti par plus de « 58 % des infirmiers »[8] travaillant de nuit.

La sécurité est moindre, en effet beaucoup de violences, d’agressions se passent la nuit.

Violence et agressivité des patients aux urgences

Il me semble important de faire la différence entre la notion d’agressivité et de violence.

D’après la revue Soins, l’agressivité est définit comme une « atteinte à la dignité et au respect de la personne mais demeurant gérable par une équipe ou un soignant »[9].

La violence correspond, elle, à « un passage à l’acte de l’agresseur qui porte atteinte à l’intégrité de sa victime ».

La violence au sein de l’hôpital est devenue une réalité, comme le décrit Aline MAURANGES, psychologue clinicienne et conseillère en ressources humaines. Selon elle, « le constat d’une augmentation de la violence dans notre société, fait, par de nombreux observatoires, n’épargne plus le milieu hospitalier, lieu traditionnellement protégé »[11], la médiatisation des cas de violences en milieu hospitalier en est la démonstration.

Le SAU est un service particulièrement exposé à la violence envers le personnel soignant, du fait de sa position d’interface entre l’hôpital et la ville.

Les urgences sont le deuxième service, après la psychiatrie, où la violence est la plus présente à l’hôpital, d’après le rapport, datant de 2012, de l’Observatoire National des violences en milieu de santé. Ce rapport établit, également, que « 92% des personnes agressées sont des soignants »[12] et dans « 78% des cas, ce sont les patients qui agressent ».

« Les soignants redoutent unanimement la violence des patients, qu’elle provienne simplement de malades violents, de malades présentant des pathologies où la violence est prégnante (…). L’agressivité s’exprime dans le comportement, par des actes, des coups, des insultes, mais aussi passivement, par le silence, le refus d’entrer en relation, qui effraie tout autant »[14] d’après C. MERCADIER, infirmière, docteur en sociologie et directrice des soins de l’IFSI de Montauban.

Comme le décrit Catherine MERCADIER, la violence peut découdre d’un certain nombre de facteurs tels que des problèmes de santé psychique, la situation de la personne soignée, l’insatisfaction de ses besoins comme soulager sa douleur, l’entourage, l’attente  …

Elle montre, aussi, que les violences ressenties par les soignants sont d’ordre physique (coups, blessures, bousculade…) ou morale (menaces verbales, refus de relation, d’interaction…).

Cette agressivité envers les soignants peut amener, ces derniers, à différentes réactions émotionnelles allant de la simple indifférence à une réaction ferme ou agressive.

[1] Solidarité santé, Résultats de l’enquête nationale auprès des structures des urgences hospitalières, Juin 2015

[2] BENZARTI MEZNI A et al, Effets psychosomatiques du travail de nuit chez le personnel infirmier, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, volume 74, N°3, p 49

[6] PERRAUT SOLIVERES A, Infirmières, le savoir de la nuit, 2002, Edition Puf, p 108

[8] BENZARTI MEZNI A et al, Effets psychosomatiques du travail de nuit chez le personnel infirmier, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, volume 74, N°3, p 49

[9] THYS F. et al, Agressivité et violence dans les services d’urgences, moteurs de changement de pratiques ?, Soins Pédiatrie/Puériculture, 2010, N°252, p 32

[11] MAURANGES A, Stress, souffrance et violence en milieu hospitalier, 2007, Edition MNH, p154

[12] FERRARI R, Rapport annuel 2012, Observatoire National des violences en milieu de santé

[14] MERCADIER C, Le travail émotionnel des soignants à l’hôpital, 2008, Edition Seli Arslam, p 59

Pour en savoir plus :

 

3 Responses to La nuit aux urgences – une population à risque ?

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