Les pouvoirs publics en charge des secours savent pouvoir compter sur l’engagement infaillible des différentes associations de secourisme sur le territoire dès lors qu’on fera appel à ces dernières. Toutefois, un sentiment général au sein de ces structures laisse paraître une forme de désintérêt de l’Etat et de son organisation.

En cause, certains bénévoles estiment ne pas être considérés à leur juste valeur et souvent au détriment des secours publics mais également les responsables associatifs n’estiment pas avoir de vrais liens avec les services de l’Etat qui les emploient, ne laissant pas la place à un dialogue de construction et de sensibilisation sur ce qu’est véritablement les associations de sécurité civile et leurs domaines d’actions, très large.

Le mouvement associatif, composé de bénévoles altruistes, lutte chaque jour pour obtenir la reconnaissance de son savoir faire, de son professionnalisme et plus globalement de son rôle dans la sécurité civile au même titre que les sapeurs pompiers par exemple, principal partenaire sur intervention. Pourtant l’agrément que ces associations détient est gage de qualité, sérieux et professionnalisme. Il a notamment permis de renforcer les formations et les investissements de ces structures. La place qu’elles occupent n’est pas à la hauteur des espérances pourtant ravivées lors de la loi de modernisation de la sécurité civile de 2004, ni des efforts consentis. Bien souvent engagées jusqu’à l’épuisement des ressources, elles se retrouvent par la suite délaissées lorsque les évènements sont passés.

D’après le rapport sur le bénévolat de sécurité civile de 2012, la place qu’occupe les associations est « marginale » selon elles, se voyant ainsi comme le « klennex » de la République qu’on appelle quand on a besoin d’elles, dont on use sans ménagement et qu’on jette une fois la crise passée »20. Cette impression se traduit par l’attitude des services publics, dont la bienveillance à leur égard est limitée. Très peu font ont la démarche d’intégration dans le long terme, en signant un partenariat, en les incluant dans les différents exercices de sécurité civile ORSEC ou à l’occasion d’une célébration avec une remise de médaille de la sécurité intérieure lors d’actes nécessitant les honneurs sur intervention. Cette distinction est importante pour le bénévole, traduisant la reconnaissance de son engagement par la nation.

Toutefois, en signe de reconnaissance et de soutien, le label « grande cause nationale » qui sert à communiquer et sensibiliser les citoyens ainsi qu’a organiser des campagnes de générosité publique, a été décerné à la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France, à la Croix Rouge Française ainsi qu’à la Fédération Nationale de Protection Civile en 2016 suite à la campagne « Adoptons les comportements qui sauvent ». C’est le fruit du travail réalisé début d’année 2016 à l‘occasion de la campagne de sensibilisation sur les gestes qui sauvent suite aux attentas ainsi qu’à l’exercice européen inondations SEQUANA si une crue centennale devait survenir. Néanmoins, dans une logique plus globale, c’est le manque d’intérêt pour les missions réalisées qui manque à ces structures. Un dialogue plus construit et plus constant devrait s’instaurer et notamment hors crise. Il est vital afin que le mouvement perdure, celui-ci se reposant uniquement sur la bonne volonté d’autrui mais lui imposant de lourdes contraintes sans contreparties financières.

Cette démarche, nécessaire à donner un nouveau souffle au mouvement, aurait pour objectif une meilleure connaissance des AASC. A ce jour, seules quelques préfectures, investies dans les questions de sécurité civile connaissent parfaitement les moyens des associations présents sur le département ainsi que les délais pour intervenir sur une catastrophe. En 2012 au niveau national, seul 31% des associations avaient fait état des capacités opérationnelles détenues. Propos tenus par Paul Francheterre, à l’époque secrétaire général de la Fédération Nationale de Protection Civile et désormais Président de cette même association.

La préfecture de l’Essonne a mené un travail de fond à travers une convention régissant l’engagement de ces organismes sur les déclenchements du dispositif ORSEC. Elle connait à ce jour les moyens pouvant être demandés et mobilisés, outre ceux des sapeurs-pompiers, et n’hésite pas à les solliciter dès lors que l’intervention le nécessite. Ce fût le cas lors de l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge en 2013, lors de l’intoxication d’enfants dans une école d’Etampes ou à l’occasion des inondations en mai 2016. Cependant cette démarche n’est pas le fait de tous les services de l’Etat qui, dans sa majorité, ignore les moyens réels détenus par ces associations ainsi que l’ensemble de leurs capacités. Ces informations, nécessaires à l’administration centrale, sont donc partiellement connues, et ne permettent pas de dresser un bilan réel sur les possibilités d’action en cas d’événement.

Globalement, tant au niveau départemental, que zonal ou national, la connaissance de ces moyens importants est méconnue comme les activités opérationnelles pouvant être réalisées. La règlementation est insuffisante en la matière, seul un référentiel national sur la constitution d’un DPS est à ce jour paru, laissant la liberté sur les autres missions telles que les opérations de secours, l’aide à la population etc. Ces missions résultent pourtant de l’agrément de sécurité civile, finalement très exigent sur les modalités d’obtention mais peu sur les capacités opérationnelles demandées. Cette réserve amène finalement un certain nombre de questions : a quoi sert elle ? Quelles sont ses missions ? Comment les réalise-telle ?

L’Etat n’a pas poussé la démarche et se contente donc de quelques informations très basiques pour s’appuyer sur ces moyens externes pourtant importants et bien souvent employés en deçà de ses possibilités. Le partenariat entre les services de l’état n’est guère plus poussé. En effet, il n’existe que très peu de conventions signées entre les associations et ces services facilitant pourtant leur engagement au besoin. Pire, même si la participation des associations agréées de sécurité civile apparaît bien dans le dispositif ORSEC, il n’établit pas clairement le rôle qu’elles ont à jouer, les missions qu’elles peuvent réaliser et quels sont les moyens détenus pouvant être engagés reflétant cette méconnaissance dommageable à la réponse de sécurité civile. De ce fait, elles ne sont que très rarement intégrées aux exercices ORSEC, pourtant nécessaire pour se préparer à réagir lors d’un événement majeur. De ce fait, certaines n’hésitent pas à se constituer leurs propres exercices, afin de garantir cette réponse qualitative attendue, faute d’avoir été intégrées par les pouvoirs publics comme c’est le cas pour l’Association Départementale de Protection Civile de Loire Atlantique ou du Rhône.

Ce traitement pourrait finir par nuire à l’ensemble du mouvement associatif de sécurité civile. En effet, cette méconnaissance et non reconnaissance à sa juste valeur entraine inévitablement un sentiment de déconsidération des bénévoles, pire, d’une sensation de secours de seconde ligne, pourtant toujours prêts et formés pour intervenir aux côtés de l’Etat à titre gracieux.

 

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